mercredi 8 juillet 2015

Le pays des enfants parfaits, chapitre 7





Samuel regarda la jeune fille qui s'était endormie sur le lit de Carver. C'était tellement étrange de voir une fille, ici, dans leur chez eux. Ils vivaient entre hommes depuis tellement longtemps.

- Qu'est-ce qui t'ai passé par la tête, Sammy ? Tu n'aurais pas dû la ramener ici. C'est bien trop dangereux.

Le garçon détacha à regret son regard de l'adolescente endormie pour se tourner vers son compagnon.

- Je sais, mais je n'ai pas eu le choix. Toby l'a agressé. J'étais bien obligé d'intervenir. Et je n'allais pas la laisser toute seule. Elle se dirigeait tout droit vers la zone rouge.

- Tu aurais dû la ramener à la surface. C'est là qu'est sa place.

Sammy baissa les yeux, honteux. Sur le coup, il n'avait même pas réfléchi. Il l'avait tout de suite conduite ici, oubliant toutes les règles que Carver avait mises en place pour sa propre sécurité.

- Tu as raison. J'ignore pourquoi je ne l'ai pas fait.

L'homme sourit et jeta un coup d'œil à la silhouette assoupie.

- Oh, moi je le sais. Tu as seize ans. Elle aussi. C'est aussi bête que ça.

Le garçon rougi, ce qui accentua l'hilarité de son ami. Mais très vite, celui-ci redevint sérieux.

- Je comprends que tu aies envie de passer un peu de temps avec elle. C'est une réaction tout à fait normale, mais je suis désolé, Sammy. Elle ne peut pas rester.

Le garçon hocha la tête d'un air résigné. Bien sûr que c'était impossible. Il était condamné à rester seul toute sa vie. Heureusement, ou malheureusement, celle-ci ne serait pas trop longue. Il se sentait déjà si vieux. Le petit garçon insouciant qui était arrivé ici il y a plus de dix ans avait disparu depuis longtemps. Il se souvenait à peine de sa vie d'avant. Juste quelques images qui remontaient parfois et la voix de sa mère, si douce, si rassurante... La pauvre femme le croyait mort. Seul son père savait. Son père, et Carver. La première fois qu'il avait rencontré le vieux militaire, il lui avait paru terrifiant, mais au fil des années, il s'était rendu compte que ce dernier était le seul sur lequel il pouvait toujours compter. Malgré ses airs de grosse brute, il avait supporté avec une patience infinie les bêtises d'un petit garçon qui avait été trop gâté et à qui ses parents manquaient énormément. Il avait vécu, ici sous terre avec lui, l'avait consolé à chaque fois que le chagrin s'était emparé de lui, lui avait appris à devenir un homme. En ramenant cette fille chez eux, il avait en quelque sorte trahi son ami. Il avait mis en péril son secret. Leur secret.

- Je la ramènerai à la surface dès qu'elle sera un peu reposée, déclara-t-il, bien décidé à tenir sa promesse.

dimanche 5 juillet 2015

les lettres de refus des éditeurs



Un mois et demi après les premiers envois, les premières lettres de refus ( ou plutôt mails. Vive l’ère du numérique) arrivent.

Je m’y attendais un peu. J’avais envoyé mon roman aux grosses maisons d’édition plus par acquit de conscience qu’autre chose. Je prends donc ça plutôt bien. Je suis même assez amusée par la similarité des deux mails reçus. À croire qu’ils ont été écrits par la même personne. Les deux éditeurs n’ont pourtant rien à voir : une grosse maison française, très connue ( Gallimard) et une un peu plus petite, belge ( Alice jeunesse). Je vous laisse juger par vous même.

Gallimard :
Mademoiselle,
Nous vous remercions vivement de nous avoir confié votre projet, « l’apprentissage du sang ».
Nous l’avons étudié avec la plus grande attention. Malheureusement, malgré ses qualités, il ne nous a pas paru convenir à notre ligne éditoriale.
Nous regrettons donc de ne pouvoir en envisager la publication.

En vous remerciant de votre confiance et en vous souhaitant d’aboutir dans votre démarche, nous vous prions de croire, Mademoiselle, à l’assurance de nos sentiments les meilleurs.
Le comité de lecture.
Et maintenant Alice Jeunesse
Bonjour,
Nous vous remercions de nous avoir fait parvenir le projet d’ouvrage dont vous êtes l’auteur.
Votre manuscrit a retenu toute notre attention.
Malheureusement, en dépit de sa qualité, nous ne pouvons retenir votre projet pour publication ; en effet, celui-ci ne correspond pas à notre ligne éditoriale.

En vous remerciant pour votre intérêt à l’égard de notre maison, et en vous souhaitant beaucoup de succès dans vos démarches, nous vous prions de recevoir nos salutations sincères.
Le Comité de lecture
P.S. N’hésitez pas à consulter le Guide de l’Édition Jeunesse pour des conseils, des adresses d’éditeurs…
http://mclfrance.pagesperso-orange.fr/
Presque textuellement la même chose. Amusant, non ?