jeudi 17 septembre 2015

Le pays des enfants parfaits, chapitre 9


Après une longue pause, je me suis enfin remise à ce projet. Voilà donc la suite du pays des enfants parfaits. J’espère qu'elle vous plaira.



— Et attends, ton jogging, s’écria-t-elle, mais le garçon avait déjà disparu dans l’obscurité des souterrains.

Ce mec était encore plus étrange qu’elle, ce qui n’était pas peu dire. Malgré ça, sa disparation lui fit un léger pincement au cœur. Un sentiment qu’elle étouffa vite. Elle était forte, elle n’avait besoin de personne.

Elle repensa à la dernière phrase de son curieux guide. Il n’avait tort. Comme la plupart des gadgets électroniques, sa montre possédait une puce GPC intégrée. C’était une des raisons pour lesquelles la mairie en offrait une à chaque enfant le jour de ses six ans. Cela facilitait les recherches en cas de disparition. Ruby avait toujours eu quelques doutes sur l’efficacité du dispositif. La première chose que faisait un kidnappeur était sans doute de confisquer au gosse tous ses objets connectés. Quoique… certains gamins étaient tellement bardés d’électroniques qu’il devait être fréquent d’en oublier un ou deux. Elle avait même entendu dire que des parents avaient implanté des puces localisatrices dans le corps de leurs chers bambins. Rien que d’y penser, elle ne pouvait s’empêcher de frissonner. Elle sentait presque l’implant métallique rouler sous sa peau... Mais fermons la parenthèse. L’heure n’était pas aux divagations. Ruby devait prendre une décision et vite. Car si les chances que sa famille ait signalé sa disparition était presque nulle, aux bahuts, la sonnerie avait probablement déjà retenti. Et le lycée avait l’obligation de declarer aux autorités les élèves qui séchaient les cours. Dans quelques heures, les hommes en blancs se lanceraient à sa recherche. Son estomac, pourtant bien vide, lui sembla soudain peser très lourd. Sa décision, elle l’avait prise sur un coup de tête. Elle ne s’était pas rendu compte de toutes les implications que cela entraînait. Plus de lycée. Jamais. Le terme fugueuse serait inscrit dans son dossier. Cela lui resterait à vie. Si elle voulait trouver un travail sérieux. Entrer à l’université… L’université… Cette idée la fit rire, chassant ses derniers doutes. Jamais elle n’avait eu la moindre chance d’y aller. Pour cela, il fallait de l’argent. Ou alors, se distinguer des autres, être une tête ou un grand sportif. Ruby n’était ni l’un ni l’autre. L’avenir qui s’offrait à elle était le même que ses parents. Trimer sang et eau pour tenter de garder le bec à la surface. Perspective peu réjouissante. Non, ce n’était pas les études qui lui permettraient de s’en sortir. Son seul espoir, se montrer plus maligne que le système, refuser d’entrer dans le rang. On pouvait être heureux sans argent. Pas sans liberté.

Avec une détermination et une confiance en elle qu’elle n’avait pas ressentie depuis bien longtemps, Ruby jeta sa montre au loin. Se séparer de sa musique lui faisait mal au cœur, mais c’était une étape nécessaire. Et puis, elle s’en achèterait une nouvelle dès qu’elle aurait un peu de sous. Avec un numéro de puce anonyme. Big Brother ne gagnerait pas.
Elle fourra ensuite son pantalon dans son sac à dos et enfila sa parka. Non sans un regard en arrière, elle se mit à grimper à l’échelle. Les barreaux dont la surface rouillée se désagrégeait sous ses doigts ne l’arrêtèrent pas et ce fut une Ruby toute neuve qui émergea à l’air libre.


********


L’air froid de janvier lui coupa le souffle. Le contraste entre en haut et en bas était saisissant. Ruby comprit pourquoi les SDF bravaient les dangers pour se réfugier sous la surface. Mais pas le temps de réfléchir aux raisons qui poussaient des hommes à s’enterrer vivants. Même si la rue dans laquelle elle avait émergé était pour l’instant déserte, des passants pouvaient débouler à tout moment. Il lui faudrait alors expliquer ce qu’elle faisait là et ça, elle s’en abstiendrait bien. Elle remonta le col de sa parka, enfonça ses mains dans ses poches et se mit en route.

Vingt minutes de marche et quarante minutes de métro plus tard, elle arriva devant le petit café où elle et Sarah avaient l’habitude de traîner après les cours. Peter le barman était un vieil ami de Sarah.
Elle poussa donc la porte du « Grey dog ». Elle n’était pas revenue depuis le départ de Sarah. Les lieux lui rappelaient douloureusement l’absence de la jeune blonde au fort caractère. Sans son sourire communicatif, la décoration épuré semblait juste austère. L’adolescente n’avait jamais vraiment adhéré au concept « néo-industriel » dont le patron était si fier. Les murs gris et les meubles blancs manquaient de vie. Déserté de ses clients, c’était encore pire.

Un sentiment de malaise s’empara de Ruby, une impression de ne pas être à sa place dans cet endroit où elle avait pourtant vécu tant de bon moment. Peter, occupé à nettoyer le comptoir, ne l’avait pas entendu arriver. Comme Ruby, il passait la majorité de son temps avec ses écouteurs dans les oreilles. Inutile d’essayer de lui parler. Il mettait le son tellement fort qu’elle pouvait presque comprendre les paroles de là où elle était.

Elle en profita pour l’observer. Elle l’avait toujours trouvé trop mignon avec ses jeans déchirés et ses cheveux longs. Si seulement il pouvait voir en elle autre chose qu’une petite sœur. Enfin, il releva la tête et l’aperçu. Un sourire se dessina sur son visage, le rendant encore plus craquant. Il retira ses écouteurs et posa son torchon sur le bar.

— Ruby, cela faisait longtemps que tu n’y étais pas venu nous rendre visite.

Ruby sourit timidement. Elle avait l’impression de sentir ses joues virer au rouge tomate. « Idiote, trouve quelque chose d’intelligent à répondre ».

Peter fit le tour du comptoir et s’approcha d’elle. Il l’observa avec circonspection.

— Je t’aurais bien serré dans mes bras, lui dit-il, mais tu es pleine de poussières. Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

Ruby repensa à sa dispute avec sa mère, à ce type qui l’avait violemment plaqué contre le mur, au sentiment d’impuissance qu’elle avait ressenti. Elle se mit à trembler et les larmes commençaient à monter. Peter la prit par les épaules.

— Ruby, ça va ? demanda le jeune barman, une expression anxieuse sur le visage.

Ruby ne répondit rien. Elle savait que si elle ouvrait la bouche, elle éclaterait en sanglots. Elle se maudit d’être aussi faible. Inquiet, Peter la fit asseoir à une table et lui apporta un verre d’eau.
Ruby but une gorgée et elle sentit la boule qu’elle avait dans la poitrine refluer. Elle se força à sourire au jeune homme qui s’était installé en face d’elle.

— Tu veux en parler ?

L’adolescente secoua la tête.

— OK. Comme tu veux. Mais si tu as besoin je suis là. Après tout, c’est mon boulot.

— À propos de boulot, commença Ruby, je cherche un travail en ce moment, et je me demandai si je ne pouvais pas prendre la place que Sarah si elle est encore libre.

Peter la dévisagea quelques secondes.

— Si tu permets, quel âge as-tu ?

— Dix-sept ans, mentit la jeune fille.

Une expression dubitative s’afficha sur le visage de Peter ce qui fit rougir Ruby de plus belle, mais il ne contredit pas.

— Écoute sœurette, tu peux toujours tenter ta chance. Le patron n’a pas encore remplacé Sarah. Mais tu sais, les lycéennes, ce n’est pas vraiment son truc. Il cherche des serveuses plus âgées, plus matures. Alors à ta place, je ne fonderais pas trop d’espoir là-dessus.

— Mais Sarah bossait bien ici et elle était aussi au lycée.

— Sarah, c’est Sarah, sans vouloir te vexer… Enfin, tu la connais… Elle… enfin, bon... Et puis, tu as vu dans quel état tu es ?

Dans quel état elle était ? Ses yeux se posèrent sur sa parka pleine de poussière, sur les traces grisâtres qu’elle laissait sur la banquette blanche. Elle ne sut soudain plus où se mettre.

— Je... Je peux utiliser les toilettes ?

— Bien sûr.

Honteuse, Ruby se leva et s’éloigna le plus vite possible.  





3 commentaires:

  1. On se demande vraiment comment elle va bien pouvoir s'en sortir. En tout cas les enjeux sont bons. J'attends de voir la suite.

    Juste deux petites choses, d'abord Sarah est répété un peu trop de fois au deuxième paragraphe de la deuxième partie. Il faudrait peut-être reprendre ça.
    Ensuite, que veut dire GPC ? C'est une reformulation ?

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  2. Ensuite, que veut dire GPC ? C'est une reformulation ?

    Heureusement que tu es là. Ce n'est pas un reformulation, juste une stupide faute de frappe. Je voulais écrire GPS, comme quoi, on ne se relit jamais assez.
    Merci

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    1. De rien.
      Sur le coup j'ai cru que c'était une variation de GPS et que ça allait être expliqué plus tard. Comme quoi.

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