jeudi 1 octobre 2015

Liberté, chapitre 1 ( première partie)





La nuit était tombée depuis déjà quelques heures, plongeant la ville dans les ténèbres. Accroupie dans une ruelle étroite et malodorante, Lily attendait que le guetteur donne le signal. Le transfert des impôts des coffres du gouverneur vers la capitale était censé se faire ce soir-là. Les soldats impériaux semblaient croire qu'ils pourraient tromper la vigilance des groupes rebelles avec un transport nocturne. C'était peut-être vrai pour un certain nombre d'entre eux, mais pas pour les Vagabonds. S'ils avaient su combien d'oreilles à la solde de Lily traînaient en ville, ils auraient peut-être fait un peu plus attention aux informations qu'ils laissaient filtrer. L'adolescente était toujours étonnée de ce que pouvaient entendre les domestiques du château. Sans parler des filles de joie et des mendiants. De simples meubles pour les gens de la haute. Autant d'informateurs pour Lily.

Elle sourit en pensant à la stupidité de la noblesse et de certains bourgeois. Eux qui se croyaient tellement supérieurs. S'ils savaient que les dangereux criminels qu'ils craignaient tant n'étaient qu'une bande de gosses en haillons.

Elle jeta un coup d’œil à son « armée ». Il y avait Bran et Noé, douze ans tous les deux, mais l'exact opposé l'un de l'autre. Bran était petit et agile. Les privations qu'il avait subies dans l'enfance avaient stoppé net sa croissance, si bien qu'on ne lui donnait même pas dix ans. Noé lui était un véritable géant, aussi bien en hauteur qu'en largeur, ce qui faisait de lui une exception chez les Vagabonds, la plupart conservant toute leur vie leur silhouette d'enfant mal nourrie. Les deux benjamins du groupe n'avaient rejoint que récemment les équipes de nuit. Cela se voyait à leurs yeux inquiets qui fouillaient chaque ombre à la recherche d'un danger inexistant et à leurs mains crispées sur le petit couteau qui leur servait d'arme.


Beli et Glyn étaient plus à l'aise. À peine plus jeune que Lily, cela faisait plusieurs années qu'ils combattaient à ses côtés. Bientôt, eux aussi dirigeraient leur propre petit bataillon. Comme elle, comme Dann, Baath ou Séléné. Ses jeunes avec qui elle avait grandi et en qui elle avait une confiance aveugle. Eux aussi attendaient, tapis dans l'ombre, le moment de passer à l'action. Ils quitteraient sans doute un jour les Vagabonds, comme tant d'autres avant eux, mais en ces moments difficiles, tous étaient là pour la soutenir et permettre au groupe de survivre à la perte de sa fondatrice.

Dans la ruelle, c'était toujours le calme plat. À la chaleur de la journée, c'était substitué la fraîcheur du soir. Lily frissonna. Sa fine chemise de coton, user jusqu'à la corde la protégeait très mal du froid. Elle devrait bientôt en acheter une neuve. Ou en voler une si l'occasion se présentait. En attendant, il allait falloir qu'elle passe outre. L'attente risquait d'être longue. Ses sources n'avaient pas obtenu des informations aussi précises que d'habitude sur le transfert. Cela pouvait aussi bien se passer dans cinq minutes ou dans plusieurs heures. C'était, à son sens, l'aspect le plus dur du boulot. Lily n'avait jamais été d'une grande patience au grand dam de sa grand-mère. Elle aimait l'action, l'adrénaline qui coulait dans ses veines pendant un combat, l'excitation de la victoire... Elle eut une pensée pour toutes ses femmes qui vivaient une vie bien rangée. Mariée à quinze, un premier gosse l'année suivante, puis un nouveau tous les uns ou deux ans qu'elle nourrirait avec peine… Une vie de dur labeur, sans joie, sans espoir d'amélioration. Ces gens se contentaient de survivre. Lily ne pouvait pas leur en vouloir, mais elle savait qu'elle ne saurait jamais s'en satisfaire. Ce qu'elle voulait, elle, c'était vivre, malgré tout les risques que cela comportait.

Au loin, une chouette hulula. Lily se contracta, attentive au moindre son de la nuit. Le cri se répéta trois fois. C'était le signal. La sentinelle avait repéré le convoi. D'ailleurs, il lui semblait presque entendre les chevaux. Elle se leva et avança prudemment jusqu'à l'entrée de la ruelle. Ses pieds ne firent pas un bruit quand elle se déplaça.

En face, elle aperçut Dann. Il lui montra ses deux mains grandes ouvertes, les referma et les ouvris de nouveau. Il attendit un bref instant et remontra ses mains vides. Vingt hommes, dont dix à cheval. Le garçon tirait ses infos du guetteur placé au dessus de sa tête. Le son des sabots claquant sur les pavés devenait de plus en plus présent. Lily fit signe à Dann d'attendre. Elle devina que, dans son dos, les garçons s’étaient rapprochés, prêts à passer à l'action. 


Dans l'air, la tension était presque palpable. Les soldats étaient maintenant tout près. Ils se déplaçaient en silence. De toute évidence, ils cherchaient à être discrets. Du moins, autant que pouvaient l'être dix chevaux dans les rues désertes. Le cœur de Lily se mit à battre plus fort. Malgré les années, elle ressentait toujours cette poussée d'adrénaline au moment d'engager le combat. Son rythme cardiaque s'accélérait, ses muscles se raidissaient. Elle se sentait comme un chat sur le point de bondir. Comme lui, elle attendait l'instant parfait pour surprendre sa proie. Un sourire carnassier étira ses lèvres. Le moment était venu. Tous attendaient son signal. Elle leva la main et ferma le poing.

3 commentaires:

  1. Cliffhanger!
    Ca se lit vite, ça se lit bien.

    J'ai vu je crois quelques "ces" et "ses" pas à la bonne place. C'est bien même si j'aurais aimé quelques descriptions en plus, pour avoir une idée de à quoi ressemble la ville, l'architecture, le terrain de l'embuscade… Pas forcément quelque chose de très long. Oh well, la suite! xD

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  2. Merci, tu ne peux pas savoir comme ça me fait plaisir. J'aimerais vraiment réussir à écrire de la fantasy.
    Je vais corriger les petites erreurs et ajouter un peu de description. N'hésite surtout pas à ma faire remarquer quand cela manque de descriptions de lieux. Naturellement, je n'en met presque pas. je suis obligée de me forcer un peu et parfois j'oublie.
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    1. Ce que je fais quand j'ai du mal à faire des descriptions, c'est aller visiter des lieux qui se rapprochent et tenir un carnet. Ou, si ce n'est pas possible, aller feuilleter des bouquins d'architecture et regarder le travail de bons illustrateurs. Dans l'idéal une description ne sert pas juste à planter le décor, elle sert également à approfondir l'ambiance. Est-ce que ces rues sont oppressantes ? Claires ? Etroites ? Pourquoi le sont-elles ?
      Ça peut surement t'aider dans ton choix de description.

      Exemple: À Saragosse (c'est comme ça que ça s'écrit en français ?), dans la vieille ville plein centre, il n'y a que des vieilles bâtisses (avec les murs en pierres et tout) et les ruelles sont extrêmement étroites (on ne peut pas écarter les bras dans certaines d'entre elles). Pourquoi ? Parce que c'est le quartier avec tous les bars et anciennement, toutes les auberges et c'était fait exprès pour que les mecs bourrés puissent rentrer chez eux sans tomber. Alors je sais que ce n'est pas la meilleure anecdote pour cette partie du texte, mais c'est le genre de truc qui peut totalement planter un décors.

      Dans la fantasy, souvent c'est bien de chercher le détail qui tue.

      J'ai encore écris un pavé… Bon, je me tais et je m'en vais lire la suite...

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