mercredi 26 octobre 2016

Ecrire son roman au présent ?


J’ai toujours écrit mes romans au passé. Pour moi, le passé simple et l’imparfait sont les temps du récit par excellence. Sauf qu'en travaillant sur le Pays des enfants parfaits, je me suis retrouvée bloquée. Je savais le ton que je voulais donner à mon texte, mais je n'arrivai pas à le retranscrire à l'écrit. Je ne sais pas si vous avez déjà vécu cette situation, mais c'est extrêmement frustrant.  Après une longue période de doute, je me suis aperçu que ce qui n'allait pas, c'était le temps.  J’ai décidé d’écrire ce roman au présent.  Cela n'a pas été un choix facile. Je le répète, écrire ( ou lire) au présent n'est pas du tout naturel pour moi. D’où l’idée de vous proposer cet article pour ceux qui sont confrontés au même problème ou au contraire qui n’ont jamais réfléchi à la possibilité d’utiliser autre chose que les temps du passé.  

Pourquoi écrire son roman au présent ?

  • Le présent donne un rendu plus vivant.

Lire un livre écrit au présent, c’est un peu comme regarder un film. Cela donne une impression d’assister en direct à l’action. Cela rendra aussi votre récit plus dynamique, plus moderne.

  • Le présent rend le lecteur plus proche de l’histoire

Le présent diminue la distance entre le lecteur et l’histoire. Il donne au lecteur l’impression de vivre l’histoire en même temps que celle-ci se déroule. Cela amplifie ses émotions et lui permet de vivre l’histoire plus intensément.

  • Le présent se combine très bien au point de vue interne

Dans le cas d’une narration à la première personne, notamment, cela donne l’impression au lecteur d’être réellement dans la tête du narrateur, de savoir ce qu’il pense en temps réel. Cela amplifie son attachement au personnage. Personnellement, c’est essentiellement pour cette raison que j’ai choisi le présent pour le pays des enfants parfaits.

Les inconvénients à utiliser le présent

  • Certains lecteurs détestent le présent.

C’est certainement l’inconvénient majeur, celui qui doit vous faire réfléchir à deux fois avant de choisir le présent pour votre récit. Tous les autres obstacles peuvent être surmontés avec plus ou moins de facilité, mais contre ça, vous ne pourrez rien faire. Même si l’utilisation du présent se généralise, le passé reste la norme. On est tellement habitué à lire des histoires au passé qu’écrire votre roman au présent pourrait perturber vos futurs lecteurs. Moi-même, je sais que j’ai besoin d’un petit temps d’adaptation à chaque fois que je commence un roman au présent. La plupart des gens s’en accommodent très bien, mais certains lecteurs (et c’est leur droit) refuseront de lire votre œuvre simplement à cause du temps utiliser, quelle que soit la qualité de celle-ci.

  • Le présent vous prive d’une partie de votre « boîte à malice »

Le présent donne un aspect cinématographique à votre roman. Cela peut-être un avantage comme un inconvénient. En écrivant au présent, vous vous privez de la capacité de voyager dans le temps à votre guise, vous vous emprisonnez dans le temps de l’action. Donc si vous souhaitez écrire un roman complexe où l’action se passe sur plusieurs trames temporelles, choisissez plutôt le passé.

  • Le présent est un piège pour les auteurs amateurs

Certains auteurs débutants, un peu perdus avec la concordance des temps (on les comprend), peuvent se laisser tenter par l’apparente facilité du présent. Comme on l’a vu un peu plus haut, cela n’est pas forcément une bonne idée. Le choix du présent doit être mûrement réfléchi et apporter un plus à l’histoire, car loin de faciliter la tâche de l’écrivain, le présent a plutôt tendance à la compliquer. Surtout que, justement à cause du fait que ça à l’air si facile d’écrire au présent, cela risque de rendre vos futurs lecteurs intransigeants sur la qualité de votre texte.

Et vous, préférez-vous écrire au passé ou au présent ?

samedi 15 octobre 2016

Sur mes étagères : American Gods de Neil Gaiman

American Gods, Neil Gaiman

Edition : Au Diable Vauvert

Genre : Indéfinissable

Pages : 700

Lauréat du prix Hugo et du prix Nébula en 2002









Résumé :
" Quand les anciens dieux se sont installés en Amérique, amenés par de hardis navigateurs puis par les vagues successives d'immigrants, ils pensaient trouver un territoire à la mesure de leurs ambitions. Peu à peu, cependant, leurs pouvoirs ont décliné : Anubis - l'ancien dieu des morts égyptien - en est réduit à travailler dans une entreprise de pompes funèbres ! Et de nouvelles idoles - cinéma ou Internet - se sont imposées. C'est pourtant un humain, Ombre, qui se retrouve au cœur d'un conflit titanesque : à peine sorti de prison, découvrant que sa femme est morte et que son meilleur ami était son amant, il accepte un contrat aussi dangereux qu'étrange"
J’ai longuement hésité avant de faire cette chronique. American Gods est tellement dense, tellement riche que je me demandais par quoi j’allais commencer. Mais sincèrement, je ne pouvais pas ne pas vous parler de ce livre que j’ai vraiment adoré.

Commençons par le début. Ombre, le personnage sur lequel est centré le roman, s’apprête à sortir de prison. Détenu modèle et repenti, il ne rêve que de rentrer chez lui où, pense-t-il, l’attendent sa femme et un boulot dans la salle de sport de son meilleur ami. Ses projets vont être compromis quand le directeur de la prison le convoque pour lui annoncer que sa femme et son meilleur ami on eut un accident de voiture.

En se rendant à l’enterrement, Ombre fait la connaissance de Voyageur, un personnage étrange qui lui propose un travail d’homme à tout faire. L’ancien taulard commence par refuser, mais voyageur n’est pas le type d’homme auquel on peut dire non. Il finit donc par accepter le boulot. Le voilà alors impliqué bien malgré lui dans une guerre qui le dépasse, une guerre où anciens dieux et nouveaux se disputent le droit d’exister.

“ Il n'y a dans toute la Bible qu'un seul personnage à qui Jésus promet personnellement une place avec lui au Paradis. Ce n'est ni Pierre, ni Paul, ni aucun de ces gars-là : c'est un larron qu'on est en train d'exécuter. Alors, ne dites pas de mal des condamnés à mort. Si ça se trouve, ils savent des choses que vous ignorez.”

American Gods, est un roman exigeant. C’est un des livres les plus compliqués que j’ai eu l’occasion de lire. Franchement, parfois, il faut s’accrocher. Mais cela vaut le coup. C’est un roman d’une richesse incroyable, qui fourmille d’anecdotes et de références. L’Amérique y est dépeinte comme une terre sauvage où tous les peuples ont un jour mis les pieds, emmenant avec eux leurs croyances et leurs dieux. J’ai adoré rencontrer tous ces dieux et déesses. J’en connaissais certains comme Odin, Loki, Kali, Horus, d’autres comme Anansi ou Czernobog m’étaient totalement inconnus. J’ai bien aimé aussi les interludes qui racontent l'arrivé de tous ces dieux en Amérique. J’ai appris plein de choses, même si je ne suis pas sûre d’avoir tout retenu.

Mais revenons à notre histoire. Des siècles ont passé depuis l'arrivée de ces dieux en Amérique. Leurs fidèles les ont oubliés, les privant de la foi à l’origine de leur pouvoir. Autrefois surpuissants, ils ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes et survivent comme ils peuvent. Si certains s’en sortent mieux que d’autres, pour la plupart ce n’est guère reluisant. Ils font des petits boulots, montent des arnaques, se prostituent, il y en a même qui se suicident… Gaiman ne manque pas d’humour et n’a aucun complexe à faire descendre les dieux de leur piédestal. Ceux-ci ont leurs qualités et leurs défauts. Ils sont profondément semblables aux humains qui les ont créés.

Les dieux ne sont pas les seules victimes de la plume acerbe de Gaiman. American Gods dresse aussi un portrait au vitriol de notre société moderne où les anciennes divinités on était remplacé par le culte des objets de consommations. Les nouveaux dieux qui se dressent contre les anciens portent des noms comme “ Média”, “Ville”, “Télévision”, mais même eux sont menacés par un monde où rien ne dure. Si le roman vise en premier lieu l'Amérique en la proclamant comme "une terre stérile" pour les dieux, nous ne sommes pas très loin de la société de consommation, de cette course à la nouveauté qui nous conduit à ne plus prendre le temps de réfléchir à ce qui est réellement important.

“ je peux croire des choses vraies et des choses fausses, et même des choses dont personne ne sait si elles sont vraies ou fausses. Je crois au Père Noël, au lapin de Pâques, à Marilyn Monroe, aux Beatles, à Elvis et à M. Ed, le cheval parlant [...]. je crois que les gens peuvent s’améliorer, que la connaissance est infinie, que le monde est dirigé par des cartels de banques secrets et régulièrement visité par des extraterrestres- des gentils qui ressemblent à des lémuriens ridés et des méchants qui mutilent le bétail et convoitent notre eau ou nos femmes. Je crois que les lendemains chantent, mais aussi qu’ils déchantent, je crois qu’un de ces jours la Femme-Bison Blanc va revenir nous botter le cul. Je crois que les hommes ne sont que de petits garçons montés en graine avec de profonds problèmes de communication, que le déclin de la sexualité en Amérique coïncide avec le déclin des drive-in dans la plupart des États. Je crois que tous les politiciens sont des escrocs sans scrupules mais qu’ils sont préférables à l’alternative. “
Dans ce roman, Neil Gaiman mêle avec habilité Fantasy, Thriller, Erotisme, Conte et légende, road movie… Bref, un livre à part que je vous conseille vivement. Je vous laisse avec la bande-annonce de la série adaptée du roman qui sortira en 2017.