mercredi 9 novembre 2016

Sur mes étagères : Hey, Nostradamus de David Coupland

Hey, Nostradamus, David Coupland

Edition : Au diable Vauvert

Genre : Roman noir

Pages : 296

"Dieu est partout
Dieu est nulle part"







Résumé :

Enceinte et secrètement mariée, Cheryl griffonne sur un cahier d’écolier ce qui deviendra ses dernières volontés, juste avant que trois élèves de son lycée, désaxés et déchaînés, mitraillent la cafétéria du lycée. Submergée par la paranoïa, la peur des adolescents et le zèle religieux suscité par le massacre, cette banlieue assoupie réagit en séparant les bons des méchants pour que tout continue comme si de rien n’était. Mais pour une poignée de personnes, toujours sous le choc de cet horrible jour, la vie a définitivement déraillé.

Hey Nostradamus nous raconte les lendemains d’un massacre dans un lycée de Vancouver en 1988. Pour la petite anecdote, je n’avais pas du tout prévu de lire ce roman. J’étais venu à la bibliothèque pour chercher Génération X du même auteur dont on m’avait dit beaucoup de bien. Comme il était sorti, j’ai regardé un peu les livres autour et j’ai été séduite par la couverture de celui-ci. Vraiment, je la trouve magnifique et c’est bien la seule raison qui m’a fait prendre ce livre ( enfin, ça et le fait que j’étais venu pour découvrir cet auteur). L’idée de lire un roman sur une fusillade dans un lycée ne m’inspirait pas des masses. J’avais un peu peur de tomber dans le schéma cent fois revu d’adolescents désabusés, bercés à Marylin Manson et accros aux jeux de tir à la première personne. Et bien, pas du tout. La fusillade est finalement assez secondaire. C’est juste l’élément déclencheur de la réflexion. Si elle est présente telle une ombre dans tout le roman, on en parle finalement très peu. Quant au tueur, leurs portraits sont à peine esquissés. L’auteur ne cherche d’ailleurs pas à expliquer leurs motivations. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas le massacre le sujet du roman, ni même ce qui peut pousser l’être humain à massacrer ses semblables, mais plutôt la quête de soi, la spiritualité, le chagrin, la difficulté d'accepter la perte d'un proche…


"- As-tu jamais douté de... de tes croyances ?
Il me regarda par dessus le rebord de son verre. "Si tu m'avais posé cette question, il y a dix ans, je serais devenu violet et je t'aurais flanquée dehors, même si je n'étais pas chez moi. Je t'aurais considérée comme une personne nuisible. Je t'aurais méprisée. Mais maintenant, je peux te répondre oui, sans que cela ne m'écorche la bouche, sans même le sentir. J'ai l'impression d'être lourd. aussi pesant que des haltères. J'ai simplement envie de m'immerger dans la planète, comme un rocher dans un marécage, et d'en finir avec tout ça."

Au cœur de ce roman à quatre voix, un personnage : Jason. C’est sa petite amie, Cheryl, mortellement blessée lors de la fusillade, qui ouvre le bal. Elle sait qu’elle va mourir, pourtant, elle fait calmement le point sur sa vie. Récemment convertie, elle nous raconte sa vision de la religion et son histoire d’amour avec Jason.

"La sérénité, c’est ce que j’ai maintenant ici- peu importe où ici se trouve. je ne fais plus partie du monde et je n’appartiens pas encore à ce qui suit"

Vient ensuite le tour de Jason lui-même. Dix ans ont passé depuis la fusillade et la mort de Cheryl, mais il ne s’en est toujours pas remis. Détruit par les événements qui ont suivi la fusillade, luttant contre l’endoctrinement religieux qu’il a subi, c’est un être profondément marqué qui a sa propre spiritualité.

"En tout cas, ces amis ne se bagarrent pas à propos de serviettes ou de porte-serviettes - ou du moins, ça n'arriverait pas si je dirigeais le monde. D'accord, vaut mieux laisser tomber cette histoire de diriger le monde, je peux à peine arriver à faire reconnaître mon existence par les portes automatiques de Save-On-Foods. Je dois donc accepter ce que m'offre la vie. Le prendre avec un sourire. Me calmer."

Puis celui-ci disparaît et c'est au tour d’Heater, sa compagne, de prendre la parole. Enfin, le roman se termine par le point de vue de Reg, le père de Jason que son fanatisme a éloigné de tous et plus particulièrement de son fils.


4 narrateurs, 4 conceptions de la vie totalement différentes, 4 façons de croire. Chaque point de vue nous éclaire sur les autres, dressant petit à petit une vision d’ensemble du tableau et nous invitant à remettre en question ce qu’on tenait pour acquis. En nous plongeant dans l’intimité la plus profonde de chacun de ses personnages, l’auteur nous pousse à réfléchir à la vie, à la religion dans ce qu’elle a de meilleur et de pire. Un sujet terriblement d’actualité, traité de façon particulièrement intelligente, sans accusations, réquisitoire ou préjugé. Si la vision du genre humain proposé par l’auteur est plutôt pessimiste, le roman se termine par une note positive, une déclaration d’amour d’un père à son fils qui prouve que tout le monde peut changer.





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