samedi 1 avril 2017

Les étapes de la vie d'un roman # 2 : Les corrections




Ça y est. Après des semaines, des mois, voire des années de travail, vous avez enfin posé le mot fin de votre roman. Vous êtes fier de vous et vous avez raison de l’être. Mais ne croyez pas pour autant que le travail est terminé. Au contraire, celui-ci ne fait que commencer.

Pour ceux qui auraient raté l’épisode précédent, c’est par ici. 

Vous avez entre les mains un manuscrit tout beau, tout neuf. Vous y avez consacré des heures et des heures. Il contient une partie de vous. Ce n’est pas pour rien que les auteurs de l’antiquité appelée les plagiaires “les voleurs d’enfants”. Ce roman, c’est un peu votre bébé. Et vous n'enverriez pas votre bébé affronter le monde extérieur sans lui avoir donné au préalable les armes nécessaires pour se défendre ( je parle bien d'éducation, pas de couteaux et de flingues 😉 ), n'est-ce pas ? Et bien, il en va de même de même pour votre manuscrit. Avant de le soumettre au regard impitoyable de lecteurs inconnus, et à celui encore plus redoutable des éditeurs, il va falloir le peaufiner un peu. La première étape est à la fois très simple et très difficile : vous devez laisser votre manuscrit de côté. Rien ne vous empêche de travailler sur un autre projet en attendant, mais celui-là vous ne devez y toucher sous aucun prétexte. Même pas pour vérifier un détail. Sortez-le complètement de votre esprit. Ainsi, vous pourrez revenir dessus avec un regard neuf. Vous aurez aussi un peu oublié ce que vous vouliez écrire ce qui vous permettra de voir ce que vous avez réellement écrit. Personnellement, je recommande un délai d'au moins trois semaines entre la fin de l'écriture du premier jet et le début des corrections, mais si vous avez la patience nécessaire, vous pouvez attendre plusieurs mois avant de commencer.

Une fois que vous avez pris un peu de recul par rapport à votre texte, il n’y a pas de miracle, il va falloir que vous le relisiez entièrement. Et plusieurs fois ! Alors munissez-vous de vos surligneurs, post-it et stylos de couleurs ( Virtuel, ça marche aussi 😉) et c'est partie.


Par où on commencer ?


Il est communément admis de différencier deux aspects du roman : le fond et la forme. Chacun de ses aspects nécessitant ( au minimum !!! ) une relecture approfondie.

Personnellement, je commence par m'occuper du fond pour une raison assez simple : si je m'aperçois que des passages entiers ne fonctionnent pas et qu'il faut soit les remanier, soit carrément les supprimer, je préfère ne pas avoir passé trop de temps à les retravailler avant. C'est la solution qui me semble la plus logique, mais faite dans l'ordre que vous voulez. De toute façon, la vie d'un roman, après l'écriture du premier jet, est une longue succession de corrections.

Je me rends compte que dit comme ça, ça donne un peu l'impression que je déteste les corrections. Ce qui n'est pas vrai du tout. C'est un travail différent, mais cela reste de l'écriture ( à part pour les corrections orthographiques, ça je déteste vraiment😒). Mais revenons à nos moutons, enfin, nos corrections.


Les corrections de fond


A ce stade, vous vous demandez peut-être qu'est-ce que le fond ?

Le fond, c’est ce qui constitue l’essence du roman, son contenu, par opposition à la forme qui correspond à la façon dont on va formuler les choses. De manière métaphorique, si votre roman était un gâteau, le fond serait les ingrédients utilisés pour faire la pâte, c'est-à-dire le sujet du texte, les idées, les thèmes abordés, les éléments de l’intrigue, les images fortes (symboles, archétypes, stéréotypes) , les préoccupations idéologiques, l’univers ( monde/ époque), les personnages…

Voici une petite liste de questions en vrac que vous pouvez vous poser au moment de cette première relecture. Bien sûr, celle-ci est loin d'être exhaustive. C'est juste pour donner l'idée générale.
Mes personnages sont-ils cohérents ? Ont-ils une personnalité bien à eux ? Une voix ? le lecteur va-t-il les aimer, les détester ? Vont-ils le laisser indifférent ? N'ont-ils pas changé de nom ou de couleur de cheveux en cours de route ? Le lecteur a-t-il toutes les cartes en main pour comprendre mon intrigue principale ? Secondaire ? Cette longue scène d'explication/ description est-elle indispensable ? Ne vais-je pas ennuyer mon lecteur ? l'embrouiller ?L'enchainement des scènes est-il logique ? Ne serait-il pas plus simple/ intéressant de mettre telle scène avant telle autre ? Est-ce que le message ( s’il y en a un) que je voulais faire passer à travers mon texte est suffisamment clair ? Trop ? Est-ce que mon lecteur n'aura pas l'impression que je veux lui donner une leçon ?Est-ce que les actions du roman sont possibles/crédibles dans l’univers que j’ai créé ? Mes intrigues secondaires ont-elles toutes été résolues ?

Personnellement, pour cette étape, je vous conseille soit d’imprimer le texte ( si votre budget le permet), soit de le convertir en PDF avant de ne pas pouvoir le modifier directement lors de la première relecture. Contentez-vous de prendre des notes sur ce qui ne va pas et corrigez ensuite. Cela vous évitera de perdre le fils et de vous laisser emporter par une idée qui vous semblera géniale sur le coup, mais qui finalement ne mènera nulle part. Comme pour le fait de laisser reposer votre texte, le but est toujours de prendre du recul sur ce qu’on écrit, de se forger une vision d’ensemble du roman.

Une fois que le fond vous convient, il faut maintenant s’occuper de la forme.


Les corrections de forme


La forme, c’est l’ensemble des processus utilisés pour transmettre les idées. Si on reste dans la métaphore du gâteau, la forme serait le moule. Il se décompose en deux parties :

La partie technique :


C’est la partie bête et méchante. Retour à l’école. Typographie, ponctuation, grammaire, conjugaison, orthographe, votre texte doit être irréprochable ( dans l’idéal :) ). Je crois que c’est la seule partie du travail d’écriture que je trouve vraiment rébarbative. Malheureusement, elle est aussi fondamentale. Certains éditeurs reçoivent plusieurs milliers de manuscrits par an. Un texte bourré de fautes d’orthographe ou à la syntaxe approximative à toutes les chances d'atterrir directement dans la corbeille. Au-delà de ça, même pour les personnes qui ne seraient pas intéressées par l'édition, c'est à mon sens aussi une question de respect pour les personnes qui nous lisent. Je ne fais pas partie de ces gens qui lèvent les yeux au ciel à la moindre petite faute d'orthographe. J'en fais moi-même un certain nombre et même si je me relis, il en reste souvent dans mes textes ( il doit d'ailleurs probablement en rester quelques-unes dans cet article), mais il a quand même des limites à ne pas dépasser. Il suffit d'essayer de lire certains textes sur Wattpad pour s'en convaincre. Mais ça, c'est un autre débat.


La partie stylistique :


Là, c’est déjà plus intéressant. On rentre un peu plus dans le processus artistique. Il s’agit ici de vérifier si notre texte est cohérent avec ce que l’on voulait transmettre. Cela comprend le genre du texte, le type de vocabulaire & les champs lexicaux, la structure de l’ensemble ou des parties, les figures stylistiques et syntaxiques, le rythme et la tonalité. C’est là que l’écrivain arrête d’être conteur pour devenir réellement auteur.

Personnellement, je m’occupe de la partie “technique” au fur et à mesure. Pour cela, j’utilise Antidote ( mon sauveur !!!), un excellent correcteur orthographique et grammatical développé par la société Druide informatique. Même si cela n’empêche pas une relecture attentive, il me permet d’éliminer la plupart des fautes avec un minimum d’effort. Il propose également des fonctions annexes comme la détection des répétitions que j’utilise aussi beaucoup. Je pense sérieusement faire un article sur le sujet, donc n’hésitez pas à me dire en commentaire si cela vous intéresse et quels sont les points que vous aimeriez voir aborder ( présentation générale, tutoriels…).

Quelques points essentiels :

Voici quelques points sur lesquels vous devrez être particulièrement vigilant ( outre l’orthographe, la grammaire et la conjugaison, bien sûr :) ). Cette liste est issue des défauts récurrents que j’ai pu identifier en commentant des textes sur les forums d’écriture ou des remarques qui m’ont été faites sur mes propres textes sur ces mêmes forums ( voir article sur les forums d’écriture)

Les répétitions :

Pour avoir lu pas mal de textes sur les forums, je peux vous dire que c’est un point qui est souvent oublié et pourtant… C’est à mon avis le meilleur moyen de plomber un texte. De plus, cela donne l’impression que l’auteur manque de vocabulaire ce qui le plus souvent n’est pas forcément le cas. C’est juste que de manière inconsciente, ce sont toujours les mêmes mots qui nous viennent à l’esprit. Le dictionnaire compte environ 60000 mots, pourtant dans la vie de tous les jours nous en utilisons entre 3000 et 5000 ( la moyenne est autour de 1.600 pour un lycéen). On considère qu’on peut se débrouiller dans une langue avec seulement 500 mots. Sans chercher à placer absolument tous les mots du dictionnaire, il peut être intéressant de se forcer à varier un peu son vocabulaire. Pour cela, les dictionnaires des synonymes sont d’excellents outils. Personnellement, j’utilise celui qui est intégré à Antidote, mais on en trouve des très bons sur internet.


Au début, c’est un travail assez laborieux, mais à force, cela devient presque naturel. On les repère plus facilement et de nouveaux mots nous viennent spontanément. 

Les verbes faibles :


C’est le même problème que pour les répétitions. Ces verbes ne sont pas porteurs d’un sens particulier. En gros, il donne l’impression que vous parlez pour ne rien dire. Sans les bannir complètement, essayait dans la mesure du possible de les remplacer par des verbes plus précis. Votre texte gagnera en efficacité. Méfiez-vous donc de “faire ", " sembler ", " paraître", " commencer ", " pouvoir ", " devoir", "aller", "dire" et soyez impitoyable avec "être” et “avoir”

La voix passive


À éviter. Désolé aux amateurs, mais la plupart du temps, cela ne fait qu’alourdir le texte. Ce n’est pas moi qui le dis, mais Stephen King dans Mémoire d’un métier.


Le rythme :

C’est un point essentiel. Essayez de varier la taille de vos phrases et leurs constructions. Évitez les successions de phrases trop longues et faites très attention à la ponctuation. N’oubliez pas que c’est elle qui donne le rythme à votre roman.

Pour toutes ses étapes, vous pouvez vous faire aider par un petit nombre de lecteurs qui orienteront vos propres relectures. Que vous écriviez « porte ouverte » (en montrant tout au fur et à mesure à vos lecteurs), ou « porte fermée » (en ne montrant rien tant que le point final n’a pas été posé et la relecture effectuée), il y aura forcément un moment où vous aurez besoin d’un avis extérieur.

Personnellement, j’écris “porte ouverte”. Comme je corrige beaucoup avant la fin du premier jet ( qui est d'ailleurs mon deuxième jet, mais on se comprend) , je mélange un peu les étapes. Ce qui ne m'empêche pas de les refaire entièrement une fois le texte terminé. Pour l’instant, j’ai toujours fait lire le début de mes textes avant d’avoir fini de les écrire. Cela me permet de me rassurer sur la direction que je prends, notamment au niveau de la narration qui serait dure à modifier une fois le roman terminé. Pour cela, j’ai beaucoup utilisé mes proches, mais aussi les forums d’écriture. Malgré tout, l’étape de bêta-lecture c’est-à-dire la lecture complète de votre texte par un bêta-lecteur me semble indispensable. Nous en reparlerons plus en détail dans un prochain article.


1 commentaire:

  1. Article bien intéressant! J'y remarque une touche d'humour que j'aime bien! :)
    Je n'avais pas pensé créer un PDF de mon texte avant de le corriger... bonne idée! J'attendrai ton article sur Antidote, car j'ai l'impression que je ne l'utilise pas à son plein potentiel...
    :)

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